DOMINER

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Conception, réalisation : Moncef Frigui

Image, montage : Axel Treil

Performer : Jane Roques-Ficher

Regard artistique : Mathilde Perrot

Dominer : un verbe qui n’a cessé de hanter l’histoire de l’humanité, faite de bourreaux et de victimes. Il y a tant de manières d’alimenter ces rapports de domination : l’argent, la religion, la force… Mais dominer, ce n’est pas seulement dominer l’autre, c’est aussi se dominer soi-même, dominer ses émotions, ses peurs, ses angoisses. Alors tout dominateur est potentiellement soumis à un autre, à lui-même.

La série de films Dominer vise à rendre compte de la pluralité des modes de domination et de la complexité avec laquelle ils s’exercent. En ce sens, chaque film de la série correspond à un mode de domination en particulier. Et si la thématique et l’ambiance varie d’un film à l’autre, tous respectent une même esthétique. Chaque film se compose en diptyque : l’image du dominant, l’image du dominé. Chaque performer est tout à la fois le dominant et le dominé – à l’image de chaque être humain, tiraillé entre ces deux pôles. Chaque dominant jette sur le dominé un élément symbolique, figurant un mode de domination particulier. Le dominant est filmé en contre-plongée, le dominé en plongée. Toutes les images sont filmées au ralenti afin de dilater le temps de la domination et ainsi donner à voir au plus près son processus.

Dominer2

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Le dispositif

La série dans son ensemble, composé de tous ces films dominant / dominé, est exposée en diptyque vertical afin de révéler simultanément les mouvements contraires au cœur du processus. L’image du dominant est projetée au mur, bien plus haute que la hauteur de l’œil, car le dominant est intouchable : les visiteurs doivent lever les yeux pour le voir. Au sol, l’image du dominé : les visiteurs doivent cette fois baisser les yeux, peuvent même participer au processus de domination en marchant dessus. Ils ne dominent alors plus seulement le dominé mais l’image elle-même, altérée, disparue : les visiteurs deviennent, par cette position fatale, l’obstacle entre l’image et sa source lumineuse.

Le film est projeté en boucle, sans que jamais la projection ne s’arrête : cercle vicieux auquel nul ne peut échapper. Chaque film est dans un premier temps synchronisé, le dominant surplombant le dominé correspondant. Puis les films se mêleront les unes aux autres, créant une confusion entre les différentes modalités de domination.

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IMAGE VERBE COMPLÉMENT

Ce film s’inscrit dans le projet Image Verbe Complément. L’image est le sujet du projet. L’image devient le complément du verbe et inversement. Le projet se présente sous la forme d’une série de films courts (entre 2 et 10 minutes) et s’appuie sur le verbe comme point de départ de l’image. Il s’agit d’interroger la pluralité des significations du verbe par l’image. L’ensemble du travail s’inscrit profondément dans l’actualité, qu’elle soit politique, économique, sociétale ou culturelle, en réinventant par l’image des verbes forts mais médiatiquement banalisés.

«Ange du mouvement, qui donne le branle à la phrase» : ainsi Baudelaire définissait le verbe. Élément moteur qui donne à la phrase son élan, le verbe décrit l’action. Il est action. Sans doute est-ce parce qu’il est à ce point essentiel qu’avant de caractériser une catégorie grammaticale, il désigne la parole. À la fois action et parole, le verbe confronte l’homme à ses propres choix d’action, positif ou négatif. Car utiliser le verbe, c’est rendre l’action effective, qu’elle soit passée, présente ou à venir. En ce sens, le verbe, plus que tout autre mot, est lourd de sens.

Le verbe, c’est aussi ce mot en mouvement qui ne se fige jamais. Il est pluriel ou singulier comme le nom ou l’adjectif, mais il est aussi futur, passé, présent : il s’inscrit dans le temps. Il est le temps. Alors quoi de plus juste pour réfléchir le verbe que le film ? Image en mouvement, image «matière-temps». Réfléchir, c’est-à-dire penser et refléter le verbe : le film sera la surface réfléchissante du verbe, nécessairement polysémique. En devenant surface, le verbe se fait corps. Et pour qu’il gagne plus encore en relief, l’espace de monstration des images importe tout autant que les images elles-mêmes.

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